Mgr Bafuidinsoni : « Laissons-nous inspirer par l’exemple de simplicité, d’humilité que nous a donné le Pape Benoît »

Messe de suffrage pour le Pape Benoît XVI

 

Lectures : 1 Th 2, 2-8 ; Mt 16, 13-19

Frères et Sœurs,

  1. Né le 16 avril 1927, ordonné prêtre le 29 juin 1951 avec son frère Georges, Joseph Aloisius (Louis) Ratzinger a été nommé Archevêque de Munich et Freising (Allemagne) le 28 mai 1977 par le Pape Paul VI. Le 25 novembre 1981, il a été appelé à Rome par le Pape Jean-Paul II pour s’occuper de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Il y est resté jusqu’à son élection comme Pape le 19 avril 2005.  Il a donc été, on pourrait dire celui qui a veillé sur la foi de l’Eglise à côté du Pape Jean-Paul II.  En cela, il n’a fait que, par son travail intellectuel, servir pour être « coopérateur de la vérité », en conformité avec sa devise épiscopale et papale : « ut cooperatores simus veritatis » (cf. 3 Jn 1, 8).  Devenu le Pape Benoît XVI, il a continué la mission que le Seigneur Jésus a confiée à Saint Pierre, celle de confirmer ses frères dans la foi.  Il restera donc le Pape de la foi et de la raison.
  2. Quand on parle du Pape Benoît XVI, on pense tout de suite à ce pape qui a démissionné le 28 février 2013. Ce qui est rare dans l’histoire. Il l’a fait pour raison de santé. Mais, si certains ont avancé les crises ou les scandales au sein de l’Eglise ; d’autres ont vu le besoin de réforme qu’il ne pouvait pas mener, etc.  Il a donc préféré se mettre de côté et laisser à quelqu’un d’autre la charge de poursuivre cette mission délicate de conduire l’église (cf. Mt 16, 18)
  3. Au-delà de tout ce que l’on peut dire sur sa démission, j’y vois un signe, un grand témoignage d’humilité. Il a renoncé à ce que certains considèrent comme un pouvoir et non service ; il a renoncé aux honneurs que les gens du monde ou ceux qui, dans l’église, vivent de l’esprit du monde, cherchent à tout prix. Il a montré que nous ne sommes pas indispensables, que la mission dans l’église consiste à servir simplement, que nous ne sommes que des serviteurs quelconques (cf. Lc 17, 10).  Il a préféré se retirer du monde afin de prier pour le monde et pour l’église.  Il nous a dit de rester fermes dans la foi, la foi en Celui qui est la Vérité, Jésus qu’il a aimé jusqu’au bout.  On nous a appris que ces dernières paroles, à peine audibles, étaient : « Gesù, ti amo » (Jésus, je t’aime). 
  4. Le Pape théologien n’était pas un grand voyageur, si on veut le comparer à Jean-Paul II. Il est venu en Afrique et a visité trois pays (le Cameroun et l’Angola en 2009) et le Bénin en 2011 après le deuxième Synode africain organisé à Rome du 4 au 25 octobre 2009 pour y livrer l’exhortation post-synodal Africae Munus. On se souviendra qu’il a reconnu l’Afrique comme le poumon spirituel du monde et l’espérance de l’Eglise.  Le Pape Benoît XVI a placé l’Eglise en Afrique au cœur des questions sociales et hautement pastorales et a voulu qu’elle soit au service de la réconciliation, de la justice et de la paix.  Il n’a pas craint d’interpeller les dirigeants africains en disant qu’il y a trop de mensonge, de corruption et qu’ils ne doivent pas priver leurs peuples de l’espérance. Avec ce synode, on le sait, la théologie africaine doit intégrer dans son questionnement et réflexion le défi des violences, de la foi et culture, de la foi et engagement social, de la foi et dialogue avec les croyants et les incroyants.
  5. L’extrait de son testament, que je vous propose ci-dessous, révèle parfaitement l’homme qu’il a été grâce à l’héritage humain et spirituel de ses origines, à sa perspicacité intellectuelle mise au service de la foi, de l’Eglise confrontée au surgissement des idéologies nihilistes ou relativistes et à leurs effondrements dans un monde en crise de la Vérité.

Le testament spirituel du Pape émérite Benoît XVI (écrit le 29 août 2006)

« Si, à cette heure tardive de ma vie, je jette un regard sur les décennies que j'ai parcourues, je vois d'abord combien de raisons j'ai de rendre grâce. Tout d'abord, je remercie Dieu lui-même, le donateur de tout bon cadeau, qui m'a donné la vie et m'a guidé à travers divers moments de confusion, me relevant toujours quand je commençais à glisser et me redonnant toujours la lumière de son visage. Avec le recul, je vois et je comprends que même les parties sombres et fatigantes de ce voyage étaient pour mon salut et que c'est en elles qu'Il m'a bien guidé.

Je remercie mes parents, qui m'ont donné la vie dans une période difficile et qui, au prix de grands sacrifices, m'ont préparé avec leur amour un magnifique foyer qui, comme une lumière vive, illumine tous mes jours jusqu'à aujourd’hui. La foi lucide de mon père nous a appris à croire, nous ses enfants, et elle a toujours tenu bon au milieu de toutes mes réalisations scientifiques ; la profonde dévotion et la grande bonté de ma mère sont un héritage pour lequel je ne saurais la remercier suffisamment. Ma sœur m'a assisté pendant des décennies de manière désintéressée et avec une attention affectueuse ; mon frère, avec la lucidité de ses jugements, sa résolution vigoureuse et la sérénité de son cœur, m'a toujours ouvert la voie ; sans sa constance qui me précède et m'accompagne, je n'aurais pas pu trouver le bon chemin.

 Du fond du cœur, je remercie Dieu pour les nombreux amis, hommes et femmes, qu'il a toujours placés à mes côtés; pour les collaborateurs à toutes les étapes de mon parcours ; pour les enseignants et les étudiants qu'il m'a donnés. Je les confie avec gratitude à sa bonté. Et je veux remercier le Seigneur pour ma belle patrie dans les Préalpes bavaroises, dans laquelle j'ai toujours vu briller la splendeur du Créateur lui-même. Je remercie les gens de ma patrie, car c'est en eux que j'ai expérimenté, encore et encore, la beauté de la foi. Je prie pour que notre terre reste une terre de foi et je vous en prie, chers compatriotes : ne vous laissez pas détourner de la foi. Et enfin, je remercie Dieu pour toute la beauté que j'ai pu expérimenter à chaque étape de mon chemin, mais surtout à Rome et en Italie, qui est devenue ma deuxième maison.

 À tous ceux que j'ai lésés d'une manière ou d'une autre, je demande pardon de tout mon cœur.

Ce que j'ai dit auparavant à mes compatriotes, je le dis maintenant à tous ceux qui, dans l'Église, ont été affectés à mon service : restez fermes dans la foi ! Ne vous laissez pas troubler ! (..).

 Depuis soixante ans, j'accompagne le chemin de la théologie, en particulier des sciences bibliques, et avec la succession des différentes générations, j'ai vu s'effondrer des thèses qui semblaient inébranlables, se révélant de simples hypothèses : la génération libérale (Harnack, Jülicher, etc.), la génération existentialiste (Bultmann, etc.), la génération marxiste. J'ai vu et je vois comment, à partir de l'enchevêtrement des hypothèses, le caractère raisonnable de la foi a émergé et émerge encore. Jésus-Christ est vraiment le chemin, la vérité et la vie  ̶  et l'Église, avec toutes ses insuffisances, est vraiment son corps.

 Enfin, je demande humblement : priez pour moi, afin que le Seigneur, malgré tous mes péchés et mes insuffisances, me reçoive dans les demeures éternelles. De tout cœur, ma prière va à tous ceux qui, jour après jour, me sont confiés ».

 

  1. En communion avec toute l’Eglise, demandons à la Bienheureuse Vierge Marie d’intercéder pour le Pape émérite Benoît XVI afin que le Seigneur Jésus lui donne la récompense due aux serviteurs bons et fidèles. Quant à nous, laissons-nous inspirer par l’exemple de simplicité, d’humilité que nous a donné le Pape Benoît et restons fermes dans la foi pour être, avec passion et intelligence, des collaborateurs de Jésus Christ qui est la Vie, la Vérité et le Chemin qui conduit vers le Père éternel, le Dieu vivant. Amen.

 

         Inongo, le 04 Janvier 2023

 

    Mgr Donatien BAFUIDINSONI, SJ.

      Evêque d’Inongo.

 

 

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