Homélie de S.E. Mgr Marcel UTEMBI, Président de la CENCO,
A la messe d’ouverture de la 58ème Assemblée Plénière
Lundi 14 juin 2021
1ère lecture : 2Co 6, 1-10
Evangile : Mt 5, 38-42
Eminence,
Excellences,
Chers frères et sœurs,
La parole de Dieu que la liturgie propose à notre méditation en ce jour nous invite à entrer dans le mystère du Christ, à prendre son chemin d’amour, de justice et de paix véritable.
La première lecture nous montre l’Apôtre Paul qui invite les Corinthiens à travailler avec Dieu et à ne pas laisser sans effet la grâce reçue du Seigneur.
Dans le passage de l’Evangile, Jésus nous entraîne plus haut, dans l’amour caractérisé par le pardon. Il nous met face à la loi de Talion qui, dans l’ancien testament, disait : « S’il t’est fait un dommage, alors, il faudra donner vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, meurtrissure pour meurtrissure » (Exode 21, 23-25).
Cette loi voulait limiter le sentiment de vengeance. Elle était considérée comme une véritable révolution dans l’administration de la justice. C’était une règle de l’équité : « œil pour œil, dent pour dent ».
Il s’avère que cette loi qui impose une peine non pas disproportionnée, mais une peine identique à celle qu’on a subie, n’est qu’une apparente justice qui débouche inévitablement sur des débordements incontrôlables, et sur une spirale infinie des violences. L’expérience nous montre que quelqu’un à qui l’on a arraché une dent a toujours tendance à arracher toute la mâchoire de l’autre pour se dédommager. C’est la loi du plus fort.
Les violences que nous connaissons aujourd’hui dans notre société et dans nos familles ont souvent pour origine la réaction spontanée de l’homme devant le mal qui lui est infligée : la vengeance, qui ne tarde pas à prendre des proportions démesurées, la recherche de la réparation de ce qu’on a subi comme dommages. Ces violences s’étendent des individus à des familles jusqu’à embraser les communautés entières.
Eminence,
Excellences,
Chers frères et sœurs,
Les expériences de vengeance et de violences que nous vivons dans différentes zones de notre pays nous interpellent et constituent pour nous des véritables défis de justice, de paix et de réconciliation entre les communautés au sein de la portion du Peuple de Dieu dont la charge pastorale nous est confiée. Il se pose ainsi la question de savoir que faire pour créer une culture de justice, établir la paix et instaurer la réconciliation ?
A la lumière de la première lecture, de par notre ministère, nous sommes appelés à être des témoins de la justice et de la paix véritable. Nous ne devons pas laisser « sans effet la grâce reçue de Dieu », celle de personnes configurées au Christ, Prêtre, Prophète et Roi ; la grâce de personnes consacrées au service de Dieu et bien plus la grâce de Pasteurs.
Et comment pouvons-nous « nous présenter à nos frères comme des vrais ministres de Dieu par notre vie entière » ?
Cette question ne reste pas sans réponse : « Et bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant » - nous répond Jésus.
Jésus vient nous dire en quoi consiste la véritable Justice. A la lumière de l’Evangile, nous découvrons que la véritable justice n’est pas celle qui réclame la condamnation de l’offenseur, mais celle qui rend celui-ci juste en lui accordant notre pardon. N’est-ce pas le sens des paroles de Jésus qui nous demande de prier même pour les ennemis (Mt 5,44).
C’est aussi le lieu d’écouter de nouveau les paroles de Notre Seigneur « je ne suis pas venu pour abolir la Loi et les Prophètes, je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir » (Mt 5,17) ; oui accomplir la justice non pas par la vengeance, mais par le pardon sans conditionnalité.
L’attitude proposée par Notre Seigneur peut paraître une attitude de faiblesse ; mais c’est plutôt une attitude de foi et de force intérieure. C’est justement ce que Saint Paul nous dit en d’autres termes, comme nous l’avons entendu dans le dernier verset de la première lecture : « on nous croit tristes, et nous sommes toujours joyeux ; pauvres, et nous faisons tant de riches ; démunis de tout, et nous possédons tout » (2 Co 6,10). Pour dire que le pardon véritable n’est pas une faiblesse, ce n’est pas non plus une perte, mais plutôt un enrichissement en grâce et force intérieure de la part de Dieu.
Puissions-nous demander cette force intérieure : la capacité de changer de regards sur ceux qui nous ont offensés, et de voir en eux des frères et sœurs à pardonner et à aimer. AMEN !
Mgr Marcel UTEMBI TAPA
Archevêque de Kisangani
Président de la CENCO