Lors de la messe d'action de grâces célébrée à Kisantu ce 2 mai 2026 par Mgr Jean-Cryspin Kimbeni pour les cent ans du collège Kubama, le Père Jean-Claude Bindanda, préfet de cet institut scolaire, a porté haut la voix en faveur d'un meilleur mécanisme de suivi des conditions d'enseignement pour une école qu'il estime " fragilisée " aujourd'hui.
La question des frais scolaires, la situation de nombreux enseignants Nouvelles Unités (N.U) et Non Payés (N.P), la vétusté des infrastructures, le délabrement des laboratoires scientifiques, la maigreur des frais de fonctionnement pour le collège, sont les défis soulignés par le numéro 01 de cet institut, présentés comme des obstacles qui barricadent la stabilité d'une meilleure formation, pour une école aux exigences colossales relatives à l'apprentissage. « Kubama est un patrimoine vivant. Mais ce joyau national est aujourd'hui fragilisé. En effet, avec le plafonnement des frais scolaires et les charges qu'impose une institution de cette envergure, j'évoque 36 enseignants dont plusieurs sont encore nouvelles unités et non payés, j'évoque nos infrastructures dont 17 salles de classe aux bancs parfois déclassés, et je parle aussi ici des laboratoires faiblement équipés. Notre école peine de plus en plus à couvrir ses besoins essentiels avec le maigre pourcentage des frais de fonctionnement qui lui sont alloués ». Cette plaidoirie, prononcée pendant son mot pour la circonstance, a été dite en présence de nombreuses personnalités venues partager la joie de ce jubilé, notamment : la ministre d'État et ministre de l'EPST Raïssa Malu, le directeur de cabinet du gouverneur du Kongo Central délégué par ce dernier empêché, le gouverneur du Kwango, et plusieurs députés, sénateurs, notables de Kisantu et anciens élèves de plusieurs générations confondues. Toujours ordonnée dans la même optique, une problématique soulevée de plus en plus lors de cet événement renvoyait aux conditions de vie et de travail des enseignants de cette école, avec une rémunération insignifiante et la situation de l'envoi en retraite qui dérangent encore, selon les dires d'un enseignant, qui s'est prononcé au nom de tous ses collègues : « Que ce centenaire soit l'année de réparation. Débloquez les dossiers, honorez les pensions, donnez à l'enseignant de Kubama le droit de vieillir dignement, donnez-lui sa retraite, alors une retraite honorable ». En marge de cette Eucharistie, plusieurs autres intervenants ont pris la parole pour mettre en exergue les défis qui attendent le collège pour ce nouveau siècle, au vu et su des changements majeurs qui impactent la société, de l'évolution du numérique et des questions relatives à la montée de l'intelligence artificielle.
Mgr l'évêque a, quant à lui, lors de son homélie, fait l'apologie de l'éducation jésuite, qui engage la formation intégrale de l'enfant.
Kubama, un institut au cœur des annales du Congo
En 1926 lorsque l'Institut va naître, il est un centre médico-scolaire, avec un éventail de programmes d'études. Il abrite aussi à partir de cette même année le la Fondation Médicale de l'Université de Louvain au Congo (FORMULAC), où seront formés de nombreux personnels de la santé. Ce centre de formation se trouve alors dans une zone névralgique de la mission du Kwango confiée aux jésuites par le Vatican, dont le siège était à Kisantu.
En 1954, le centre est transféré à Kinshasa.
L'institut change de nom en 1960 et devient Collège Moderne Scientifique (CMS), organisant deux options d'étude : biochimie et math-physique. Avec le mouvement de la zaïrianisation, le CMS prend le nom de Collège Kubama. Kubama, en kikongo, se traduisant par " être prêt ", étant même la devise actuelle de ce temple de la formation intellectuelle. Pour se conformer aux défis de notre monde qui mute et vu les besoins de la société actuelle, le Collège Kubama a ajouté dans son programme d'études la section commerciale et gestion.
Outre son internat toujours actif et ses bâtiments somptueux, le Collège Kubama reste jusqu'à nos jours, un repère pour la formation catholique en République Démocratique du Congo.
Ainsi, la question centrale adressée à ceux qui ont été formés entre les murs de ces bâtiments est de réfléchir sur ce qu'ils ont fait de la formation acquise durant leur parcours, dans leur vie processionnelle et pour la société congolaise.
La situation sociale de l'enseignant et les conditions d'apprentissage des les élèves restent pour la République Démocratique du Congo, des problématiques houleuses et cruciales, interpellant la responsabilité des décideurs publics, des éducateurs catholiques et d'autres acteurs sectoriels, dont les efforts conjugués doivent contribuer à construire l'émergence et l'avenir de toute une nation.
Cédric MUNTAZINI

