DIOCESE D’UVIRA : LETTRE PASTORALE « L’ESPERANCE DE LA PAIX »

« L'Espérance de la Paix »

Lettre pastorale pour l’ouverture de l’Année 2025-2026

Révérends Abbés, Révérends Pères,

Révérends frères, Révérendes sœurs,

0. Chers frères et sœurs en Christ,« Paix à vous » (Jn 20, 19). C’est pour moi un bonheur de vous saluer tous ainsi avec cette parole de salutation de l’évangéliste saint Jean, à cette messe d’ouverture de l’Année pastorale 2025-2026. Mais, de prime à bord, qu’il me soit permis de vous rassurer sur ma santé, qui m’empêche d’être parmi vous, voilà bientôt 2 mois. Cela, non pas à cause de la gravité de la situation, mais à la difficulté de trouver un médecin spécialiste de ce dont je me plains, en temps de vacances, ou d’arracher un rendez-vous avec l’un ou l’autre en ce temps de la rentrée. Je vous remercie tous, sachant que vous ne cessez de prier moi, pour que je puisse être parmi vous le plus vite possible. Rassurez-vous aussi que je ne cesse de vous porter dans mes prières, en ce temps difficile des guerres et violences de toute sorte que traverse notre pays en général et notre Diocèse, en particulier.

  1. Aussi, je saisis cette occasion pour vous remercier et vous féliciter, vous nos frères et sœurs, y compris nos agents pastoraux et nos prêtres, qui n’hésitez pas à braver des périls au risque de votre vie pour aller là où la mission vous appelle, sur ces routes qui n’en sont pas unes et ces situations d’insécurité, surtout lorsqu’on doit passer d’un côté à l’autre sous contrôle des frères ennemis ou faire face à la montée des eaux du lac Tanganyika.
  2. C’est pourquoi, compte tenu de notre contexte actuel des guerres, des violences et des turbulences politiques, que nous vivons ces derniers temps dans notre pays, nous avons choisi pour cette Année pastorale le thème « L'Espérance de la Paix ». Il s'agit avant tout de capitaliser l'héritage du Pape François qui nous a laissés en pleine Année Sainte jubilaire sous le signe de l'espérance, et d’accueillir le don du nouveau Pape, Léon XIV, dont les premières paroles sorties de sa bouche ont été « l'Espérance et la Paix ».
  3. En effet, dans sa lettre de l’ouverture de l’Année jubilaire « Spes non confundit» (l’espérance ne déçoit pas) (Rm 5, 5), le défunt Pape nous rappelait que « L’espérance chrétienne ne trompe pas, parce qu’elle repose sur la certitude que rien ni personne ne peut nous séparer de l’amour de Dieu. Ce Dieu qui nous appelle aussi à reconnaître l’immense bonté présente dans notre monde, afin de ne pas nous laisser submerger par le mal ou la violence. Aussi, là où tout, les guerres, les violences, la pauvreté, la corruption, la soif, la faim, la misère, etc., nous porte à perdre l’espérance, l’on ne doit pas céder à la désespérance. Car, on ne peut pas vivre sans espérance ; vivre sans espérance, ce n’est pas vivre du tout.
  4. Tel est le message, mieux la vérité que nous sommes appelés nous-mêmes à vivre et à aider le peuple de Dieu à vivre, dans la suite de cette Année jubilaire qui se termine à l’épiphanie prochaine, le 6 janvier 2026, et tout au long de l’année pastorale que nous commençons aujourd’hui et qui va jusqu’en Octobre de la même année. Pour nous les chrétiens, le premier signe d’espérance devrait être le désir de paix dans notre monde, confronté aux guerres, à  la violence, aux crises.
  5. Plus concrètement, dans notre Diocèse, nous devons œuvrer pour redécouvrir et faire découvrir aux autres l’espérance dans la justice, dans la réconciliation, et dans les initiatives de paix. Est signe d’espérance aussi le désir de vivre ensemble dans la fraternité sans distinction de tribus, langues, catégories sociales, etc. C’est pourquoi en ce temps difficile de conflits que nous vivons, à Uvira, la fraternité devra être le nouveau nom de la paix. Dans ce sens, nous devons renoncer à tout discours de haine et de discrimination. Ce qui ne nous empêche pas à dénoncer toute manœuvre de balkanisation de notre pays et/ou de chercher à nous dominer, sous prétexte qu’on veut nous libérer. Ne cédons pas non plus aux discours nationalistes plutôt fanatiques que responsables de ceux qui sacrifient notre peuple pour leurs propres intérêts égoïstes du pouvoir et de l’avoir, au lieu de mettre les moyens qu’il faut et qui ne nous manquent pas pour la défense de nos populations et l’intégrité de notre territoire, aujourd’hui abandonné à toute sorte de prédations.    
  6. L’espérance de la paix passe par les efforts de vivre ensemble dans la fraternité et l’amour véritables. Plus que jamais, nous en avons besoin dans notre pays où tout porte à nous diviser aujourd’hui. Dans l’un de plus beaux passages des évangiles, Jésus dit : « A ceci tout le monde connaîtra que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour le autres » (Jn 13, 35). Le plus grand scandale chez nous les chrétiens a toujours été la division, signe de manque de véritable amour, avec pour grande conséquence la rupture de la paix en famille, dans la société, dans le monde, voire dans l’Eglise. Pour cultiver l’espérance de la paix, nous devons commencer par nous aimer ; pas seulement nous tolérer les uns les autres comme on l’entend aujourd’hui, mais nous aimer véritablement.

En effet, quoiqu’on définisse d’agression la guerre qui nous déchire aujourd’hui, on doit reconnaître dans ses causes entre autres le manque d’amour de la plupart de nos compatriotes envers et notre pays et nous-mêmes. On ne prend pas des armes contre le peuple ni le pays dont on se réclame, quel qu’en soit le motif, à part celui de se défendre et surtout de défendre son peuple et son pays. L’amour de soi, la recherche de ses propres intérêts a surpassé l’amour du prochain et du pays, chez nous. Ceci pousse beaucoup à la corruption au point où, pour l’argent, sinon le pouvoir, on n’hésite plus à sacrifier son peuple, à vendre, à livrer le pays entre les mains de ceux qui n’ont de cesse que de s’accaparer de nos terres et de nos ressources minières, naturelles.

Dans ce sens, nous en appelons encore une fois à la sagesse et à la solidarité des FARDC et des Bazalendo, censés combattre pour une même cause, à savoir la protection de notre peuple et de nos terres ; si tel est vraiment le but de leur lutte, qu’ils s’entendent pour faire ensemble l’œuvre utile, faute de quoi, leur sacrifice perd tout son sens. Nous vous supplions surtout, chers frères, de ne molester ni tuer ni violer ni piller ces populations pour lesquelles, vous avez accepté de verser votre sang, pour défendre leur vie.

  1. Pour les parents, les éducateurs, y compris nous autres les prédicateurs de l’Evangile, il y a là un grand défi, un grand travail à faire : nous rééduquer, nous ré-évangéliser à l’amour de notre pays et à l’amour entre nous. C’est à cela que je voudrai qu’on se consacre tout au long de cette année. Dans ce sens, ayant été honoré chez nous ces derniers temps avec le don des béatifications aussi bien des Martyrs de Baraka et de Fizi, que de Floribert Bwana Chui, nous regrettons qu’avec ces guerres, nous avons été dans l’impossibilité d’organiser le synode des jeunes, programmé pendant ces grandes vacances, pour échanger, partager avec eux sur toutes ces valeurs qui constituent l’authenticité de l’Eglise de Dieu, à savoir la fraternité à l’instar de Bienheureux Abbé Albert Joubert et ses compagnons, et l’intégrité, l’honnêteté, à la suite du Bienheureux Floribert Bwana Chui.
  2. C’est ainsi que je voudrais engager, impliquer notre Commission des jeunes à s’investir dans la consolidation de nos actions auprès des jeunes, notamment : 1° Les Chœurs Pilotes: il faut continuer à les implanter dans toutes nos paroisses avec pour mission non pas seulement de chanter, mais de rayonner de telle manière, qu’en attirant beaucoup d’adolescents, nous puissions espérer d’ici 5 à 10 ans, ne plus entendre parler des enfants soldats dans notre espace diocésain. 2° Armata Bianca (Armée blanche), ce groupe des enfants évoluant déjà au Sanctuaire NDT et à la Cathédrale St Paul, dont l’objectif est de prier la Vierge pour la paix dans le monde à commencer par nos familles, avec comme l’unique instrument le chapelet, qui est justement notre arme blanche, c’est-à-dire inoffensive, mais efficace devant les violences d’où qu’elles viennent. 3° les BAKA (Bakanja-Kizito-Anuarite), nous avions mué ainsi les KA, motivé par le fait que Bakanja, Anuarite et les martyrs d’Uganda, avaient en commun, le sens du sacrifice, dont notre jeunesse a besoin de découvrir et de pratiquer pour nous sortir de la culture de la facilité (chance eloko pamba/la chance, c’est rien), de la jouissance dans laquelle la plupart de nos dirigeants se livrent de plus en plus, au point de ruiner tout notre pays en en contaminant les jeunes. 4° BAFLO (Bankita-Floribert). Tout en continuant à peaufiner la catéchèse autour de nos bienheureux martyrs de Baraka et Fizi, nous avons besoin de créer un petit groupe des jeunes après la formation des BAKA, qui sera appelé BAFLO (Bankita-Floribert), afin de mettre en valeur les vertus de ces deux martyrs de notre terre d’Afrique. De Joséphine Bankita, son passage de l’esclavage à la liberté devra être mis en valeur comme une pédagogie destinée à éviter à nos jeunes toute sorte d’esclavages, d’addictions, à l’alcool, au sexe, aux drogues et autres stupéfiants (lieux de la jouissance), aux réseaux sociaux (lieux des distractions et d’imbécilisation), etc. Quant à la personne de Floribert Bwana Chui, son exemple devra influer notre jeunesse à lutter contre notre péché originel, sinon mortel qu’est la corruption.
  3. Ce sont là quelques lieux de la nouvelle évangélisation de notre société, en partant de la base, c’est-à-dire des plus jeunes, pour nous sortir de cette crise à multiple face que nous vivons aujourd’hui en RD. Congo. Qui veut la paix, prépare, non pas la guerre, comme on le dit dans le langage mondain, mais prépare la paix, qui passe par le cœur. La jeunesse, qui est l’avenir d’un peuple doit être l’espérance de la paix dans notre société. Je laisse là un devoir à domicile à notre Commission des jeunes pour toute cette année pastorale, afin de bien faire mettre en application ce projet dans toutes nos paroisses. Pour cela, je voudrais rappeler 2 principes, ou paroles, pas slogans, mais défis, que je leur avais donnés au départ de notre expérience : 1° Yes we can. Oui, nous pouvons. Nous pouvons quoi ? Nous pouvons construire la paix. Nous pouvons quoi ? Nous pouvons vivre la fraternité. Nous pouvons quoi ? Nous pouvons nous aimer et aimer notre pays. Le jour qu’on y parviendra, ce pays changera. Alors, allons-y vite, avant qu’il ne soit trop tard. 2° Imaniii…amani ; Amaniii…furaha ; Furahaaa…Undugu ; Unduguuu…mapendo. Dommage ! Je ne l’entends plus nulle part dans nos paroisses. Ce n’étaient pas non plus de simples slogans ; c’étaient des défis, des paroles mobilisatrices. Notre la foi chrétienne doit engendrer la paix qui donne la joie de vivre ensemble, et là où l’on vit dans la joie, ils se créent de vraies fraternités, animées par la foi, la charité et l’espérance.
  4. Entretemps, nous devons poursuivre le programme de l’Année jubilaire jusqu’à sa clôture, avec l’attention particulière au passage à la porte sainte, pour ceux qui ne l’auront pas encore fait. Tout en rappelant que le 18 novembre, prochain, ce sera le premier anniversaire de la béatification de nos martyrs Albert Joubert et ses compagnons. Mais comme l’Eglise le suggère, ils seront célébrés le 28 novembre, le jour de leur martyre, et ce, comme nous nous étions convenus à Baraka et à Fizi. Que Le VE/ZP de Fizi nous fasse des propositions concrètes à ce sujet. Il reste qu’à cette date, on dira solennellement la messe dans toutes les paroisses du Diocèse en leur honneur.   
  5. Enfin, pour terminer, nous avons la joie de vous informer que nous avons accueilli une nouvelle congrégation religieuse dans notre Diocèse, celle de l’Ordre des Frères Mineurs (OFM), appelés les Franciscains, auxquels, nous confions désormais la quasi-paroisse St Matthieu de Kasenga, dont le Père Barthélemy Bulambo Lugendo, sera le prêtre animateur, espérant qu’ils y construiront vite un presbytère pour être élevé au rang de paroisse. Nous en profitons en même temps pour remercier la Congrégation des Salésiens de Don Bosco pour nous avoir donné le Père Emmanuel Musabila comme Vicaire général, pour un mandat de 4 ans renouvelable une fois. Quoiqu’il ait déjà commencé à travailler, nous nous ferons l’honneur de le présenter et l’installer officiellement, le 2 février 2026, le jour des consacrés, alors que nous ordonnerons les nouveaux diacres, en même temps que nous commémorerons le 14e anniversaire de notre nomination épiscopale.

Révérends Abbés, Révérends Pères,

Révérends frères, Révérendes sœurs,

Chers frères et sœurs en Christ,

  1. Il ne reste qu’à vous remercier pour tout le travail fait ensemble dans la synodalité. L’espérance de la paix se nourrit aussi de la prière des uns pour les autres, à ce Dieu qui nous a mis les uns sur les chemins des autres dans son vaste champ qui est notre Diocèse, et aussi notre pays, le monde. Avec espérance, prions pour la paix dans notre pays et dans le monde, pour que ceux qui nous dirigent à tous les niveaux œuvrent pour plus de paix et de fraternité entre les hommes et entre les nations. En ce mois d’octobre, mois du Rosaire et de Mission, dont en ce weekend du 11-12, nous célébrons le Jubilé des mouvements, groupes et individus de dévotion mariale, prions notre Mère du ciel, la Vierge Marie, notre Dame de la Paix et du Rosaire, qu’elle intercède pour nous auprès de son Fils, Jésus Christ, le Prince de la Paix, afin que celle-ci (la paix) règne partout dans le monde, surtout là où on en a le plus besoin comme en Palestine, en Israël, au Soudan, chez nous en RD. Congo, etc. Quant à moi, je vous bénis avec les paroles de souhait du Pape François, dans sa lettre sur l’espérance : « Que la lumière de l’espérance chrétienne illumine chaque homme et chaque femme, comme message de l’amour de Dieu adressé à tous ! », au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Amen.

                                                                                                           Donné à Rome, le 9-10 octobre 2025

                                                                              Jubilé des mouvements, groupes et personnes de dévotion mariale

                                                                                                   + Sébastien-Joseph MUYENGO MULOMBE

                                                                                                      Per Viscera Misericordiae Dei Nostri

                                                                                                      Evêque d’Uvira

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